L'IMPORTANCE DE NE RIEN FAIRE

"Certaines expériences doivent être vécues, et non racontées,

pour que la courbe soit harmonieuse."  

 Pierre Bottero

l'angoisse du vide

Ne rien faire... ça a été ma grande angoisse jusqu'à il y a peu avec mes chevaux!

C'était presque impensable pour moi, venir sans rien faire. Ils allaient s'ennuyer, j'allais m'ennuyer, je ne leur fournissais pas d'activités intéressantes etc.. Et à partir de là arrivait mon amie la culpabilité! Chère culpabilité qui fait ce sentiment étrange dans mon ventre et dans ma tête. J'avais peur de ce vide face à mes chevaux. Peur de ne pas savoir quoi faire. Peur de "juste" passer dire bonjour. Et j'ai réalisé que le problème était là... que je voulais toujours faire quelque chose. Il était impossible pour moi de juste être. Pleinement et totalement être avec eux. Cela me demandait trop de présence, de lâcher prise et surtout ça me mettait face à moi même... et face à mes chevaux. Mes vrais chevaux, pas ceux qui sont codés et dressés.

Oui, ne rien faire, décidément, c'était l'angoisse.

Puis mon cheval a eu un accident qui l'a immobilisé pendant plusieurs semaines. 
Je ne pouvais rien faire avec. Je me suis accrochée à quelques exercices de clicker, que j'ai rapidement abandonné, le moral dans les chaussettes. 
Et pourtant... quel cadeau que cette période!

le cadeau du moment présent

Ne rien pouvoir faire avec lui m'a obligée à lâcher prise. A simplement venir le voir pour être avec lui, pour prendre de ses nouvelles et passer du temps AVEC lui. Sans rien faire d'autre qu'être à ses côtés. 
A partir de cette période là, notre relation a évolué dans un sens incroyable. Nous sommes devenus extrêmement proches. Il vient désormais me faire des câlins, chose rare auparavant. Il me donne énormément d'affection dans sa simple présence. Nous passons du temps ensemble, pour de vrai. Je peux désormais être avec lui sans réfléchir à ce que je pourrais faire, ou bien à culpabiliser pour ce que je ne fais pas. Comme par magie, la culpabilité s'est envolée à partir du moment où j'ai simplement profité du moment présent. 
A partir du moment où j'ai simplement profité de sa magnifique présence, et que j'ai décidé que le seul fait qu'il soit encore avec moi aujourd'hui soit le seul cadeau dont j'avais envie. Cet accident m'a fait réaliser que les séances, les apprentissages etc... ne seront pas les souvenirs que je garderai en tête vis à vis de lui. Ce qui reste, ce qui marque, ce sont les moments de présence. De réelle présence. Ces moments où j'ai respiré avec lui, où j'ai pu le grattouiller et profiter de sa présence avec joie, où j'ai réalisé la chance que j'avais d'être avec lui. Ces moments où chacun était heureux et se satisfaisait de "juste" voir l'autre et de passer du temps avec lui, sans qu'il n'y ait de demandes ou d'attentes particulières. 
Depuis, nous faisons ce qui nous plaît, sans suivre de programme, sans avoir d'attentes... Nous faisons ce que nous avons envie au moment où nous le souhaitons, et avec une grande joie de partager d'abord et avant tout un moment ensemble.
Je n'ai plus la tête pleine de remords, de regrets, de culpabilité. Je ne suis plus dans ma tête face à lui. Je suis avec lui. Entièrement, pleinement. Mon mental ne se mêle plus de la situation. Il n'y a plus que lui et moi. 

Et plus personne ne se prend la tête!

Et nos animaux?

On nous a toujours appris à être constamment en mouvement, à toujours faire quelque chose. Le repos est quelque chose de mal vu dans notre société. Prendre son temps est quelque chose de négatif, ce n'est pas valorisé. Et pourtant, si vous saviez l'importance que cela a pour nos animaux... Si vous saviez à quel point ils attendent que nous nous posions, et que nous profitions simplement du moment présent, et de leur présence. 

La question qui revient le plus dans les demandes de communication animale que je reçois est : Que puis-je faire avec lui? Qu'est ce qu'il aime faire?
Très souvent, la réponse est : "Juste être avec moi".
Au début, elle me déstabilisait beaucoup... et j'ai fini par comprendre que les animaux ne sont pas dans le "faire". Ils sont dans l'être. Leurs journées entières sont construites dans l'être. Ils sont. Il n'y a rien de plus à ajouter.
Et je crois que le plus beau cadeau qu'ils attendent qu'on leur fasse, c'est d'être avec eux. D'entrer dans cet état de présence où rien d'autre ne compte que ce qui est à l'instant présent, et de partager cela avec nous, comme deux amis. 

le monde de l'être

Désormais, ne vous privez pas de "simplement" aller voir vos chevaux au pré, ou bien de lire un livre assis près d'eux. Ne vous privez pas de vous asseoir dans l'herbe et de rentrer dans ce rythme unique et apaisant qui est le leur... Ne vous privez pas de vous asseoir sur le canapé avec votre chien ou votre chat, et de juste le regarder en le caressant doucement. 


Laissez les vous montrer leur monde, le monde de l'être. C'est la plus belle chose à "faire" avec eux...

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Commentaires: 17
  • #1

    isabelle (vendredi, 26 mai 2017 23:29)

    Bravo ! c'est tellement vrai

  • #2

    Cathy (samedi, 27 mai 2017 06:41)

    Vous avez tout compris. Ce n'est pas facile d'arriver à cette prise de conscience mais après tout est facile. Là..... maintenant.

  • #3

    Tiphaine Riedi (samedi, 27 mai 2017 12:27)

    Merci pour cet article que je relais avec grand plaisir!
    Il est évident que plus nous courons plus nous fuyons cette réalité si douloureuse.. nos traumatismes.. nos blessures.. nos attentes.. nos rêves inachevés.. etc..etc..

    Juste être avec eux.. profiter de vivre en laissant tout le reste.. C'est tellement bon..
    Un câlin avec un chien.. ou juste le regarder respirer.. rêver..
    Son cheval qui mange.. ou qui joue.. son ami qui lit un livre.. ses expressions.. les feuilles dans les arbres.. tout ce qui nous entour est apaisant.. Mais il faut prendre le temps de le regarder..

    et comme vous le dites si bien! tout est fait pour que nous soyons en pleine course permanente! Soyons des travailleur sage!!! et pour cela il ne faut pas prendre le temps de réfléchir.. de penser.. de vivre.. d'être..

    Mille merci pour cet article vraiment!!

  • #4

    kalind (samedi, 27 mai 2017 21:21)

    bonjour
    je lis votre article avec plaisir car c'est ce que je préfère faire avec mes chevaux depuis longtemps !
    Je viens même d'acheter une jeune de 2 ans ataxique que je ne pourrais sûrement jamais monter...donc pour l'instant je reste assise devant elle, elle viens me renifler, quémander des gratouilles, ou juste s'endormir devant moi, c'est un vrai bonheur !

  • #5

    valérie (samedi, 27 mai 2017 21:55)

    Trés bel article sur la réalité de la vie de nos animaux ,qui eux ne trichent pas avec leurs sentiments, leurs émotions ou simplement l'envie d'être avec nous,leur fidélité est vraie tant qu'on est en harmonie avec eux.Par contre n'oublions jamais qu'ils ont une excellente mémoire pour les bons comme les mauvais moments passés avec nous.Côté cheval ,il est encore trop fréquent de voir des gens délaisser leur équidé, blessé,parfois immontable, tout simplement parce qu'ils n'acceptent pas qu'on puisse s'épanouir avec un cheval avec du travail à pied,c'est dommage surtout que le cavalier est souvent responsable des blessures....

  • #6

    Dominique WOLFF (dimanche, 28 mai 2017 14:13)

    Bonjour Loélia,
    Très beau message, je vis la même chose avec mes chiens et les chiens des clients que je garde. Vous avez su mettre en mots afin que ce soit compréhensible, félicitations à vous. Cordialement. Dominique

  • #7

    Christine (dimanche, 28 mai 2017 18:16)

    Tout simplement magnifique!

  • #8

    Lyne (samedi, 08 juillet 2017 19:58)

    Wow �

  • #9

    veronique (dimanche, 09 juillet 2017 08:58)

    Merci pour ce beau message j'en ai passe du temps et je continue a etre pres des chevaux qui ne sont pas lzs miens mais qui m'apportent énormément
    Rien de plus beau que le contact, les massages et le partage du simple moment à leur côté

  • #10

    Laetitia (dimanche, 29 octobre 2017 09:52)

    Un très bel article!!!! Bravo.

  • #11

    Nadège (samedi, 02 décembre 2017 08:08)

    Merci de ce partage!

  • #12

    Chantal Chanborre (samedi, 02 décembre 2017 23:21)

    Merci Loelia pour tes mots sur le rien faire. Je ne monte pas mon cheval et cela me suffit, je donne de ma présence , il est là près de moi, il mange son foin, rêve, vient chercher mon regard, on se regarde très près, sans un mot mais je Sais que nous sommes connectés. Je ne culpabilise et lui me semble calme et apaisé près de moi.

  • #13

    Fabienne Puissant (mardi, 05 décembre 2017 07:55)

    Les chevaux dressés ou de sport ont besoin effectivement "de lâcher prise"avec un travail à orientation sportive. C'est pourquoi dans les écuries professionnelles qui prennent soins de leurs chevaux, la période hivernale est une occasion de lâcher prise. Souvent pré aux beaux rayons de soleil et promenade pour garder les muscles / coeur / articulations en bon fonctionnement / en ordre et pour avoir le cheval avec un moral au plus haut.
    MAIS pour moi, pas question de laisser un cheval dans la boue ! le froid , l'humidité. Peut importe qu'il soit cheval de concours, de loisir. Le confort est primordial et fonctionnel ( Perte de poids / crise d'arthrose / brutalité entre congénères dominant > dominé )
    Votre cheval vit au pré pendant l'été ? parfait. Mais offrez lui le confort l'hiver !Vous vous installés réellement avec un livre ou à terre en hiver par des températures négatives ? ou pluie ? L'hiver, vous avez le plaisir de vous retrouver au chaud.. avec de bons repas Et bien votre cheval mérite aussi la chaleur , le confort, une alimentation Mash aux carottes / foins sec de première coupe et pas mélanger à la boue ..
    C'est pourquoi, devenir propriétaire est une prise de conscience des sacrifices financiers et d'engagement / de présence pour son cheval.. Souvent la solution pré en hiver n'est que financière et c'est bien triste...
    Le bonheur n'est pas dans le pré en hiver.. Basé sur une observation / expérience de 30 ans dans les chevaux et 5 ans de recherche scientifique (Etude universitaire en éthologie )
    C'est mon avis

  • #14

    Loélia (mardi, 05 décembre 2017 10:25)

    Bonjour Fabienne,
    Je me permets de marquer mon désaccord avec votre opinion :-)
    S'il y a bien une chose que j'ai apprise en pratiquant la communication Animale c'est de ne pas avoir d'à priori sur le mode d'hébergement des chevaux... Certains disent préférer le box, d'autres le pré, effectivement certains n'aiment pas la pluie et préfèrent rentrer au chaud. D'autres adorent la boue. Je ne prononce pas d'opinion définitive, je demande systématiquement au cheval, en mettant de côté mes croyances personnelles.
    En ce qui concerne mes chevaux, ils ont fait le choix du pré et croyez-moi, ce n'est pas un choix manquant d'investissement : crottins à ramasser pour garder les zones stabilisées propres, foin à remettre chaque jour dans les filets pour qu'il ne traîne pas par terre dans la boue, et augmenter le temps d'absorption (oui, les chevaux doivent avoir accès à du foin à volonté, et cela aussi a un coût en dehors de la location du pré, l'investissement dans les clôtures etc... Avoir un cheval revient cher et est un investissement temps QUELLE QUE SOIT la solution choisie!). Ils ont tout ce que vous décrivez dans votre commentaire, et ils ont même de beaux abris bien secs avec zone stabilisée pour qu'ils soient au sec. Quant à être au chaud, la nature a si bien fait les choses que leur poil est capable de thermo régulation... raison pour laquelle je le laisse pousser, pour qu'ils se gèrent en autonomie. Cela m'étonne que vous n'ayez pas abordé ces concepts lors de vos études? Cela m'étonnerait vraiment que les dernières études en matière de bien être aient pour conclusion quele bien être soit au box (un des facteurs de base du bien être (tant psychologique que physique et physiologique) étant la capacité permanente de mouvement...). C'est assez anthropomorphique.
    Mes chevaux ont bien sûr les compléments alimentaires nécessaires à leur santé et à leur auto-gestion sur tous les plans, et sont bien sûr suivi au niveau dentiste, ostéopathie, et shiatsu. Et ils ont même la chance de vivre en groupe avec des congénères (ce qui est un des autres facteurs indispensables au bien-être!), il n'y a pas de brutalité dans le troupeau, ça m'étonne d'entendre parler de dominant dominé alors que les études en éthologie tendent à démentir ce concept. Je vais les voir tous les jours pour m'assurer de leur bien-être, et parfois l'entretien me prend tellement de temps que je ne peux pas les sortir, et alors là je suis contente de pouvoir passer ce temps à ne "rien faire", car ce sont les moments de partage avec eux qui sont précieux. Oh et ça m'arrive même de m'asseoir dans la boue pour profiter d'une sieste au soleil avec eux! ;-)
    Je ne cherche pas à vous convaincre car je respecte votre opinion mais une réponse argumentée sur le pourquoi de mon désaccord me paraissait intéressante. Ca vaut quand même la peine de lire les récentes études qui ne correspondent en rien à vos arguments.

  • #15

    Morgane P (jeudi, 26 avril 2018 11:47)

    Je lis cet article via la plateforme The Tack room qui l'a relayé, et ça me fait plaisir de lire cela. J'ai perdu mon cheval brutalement l'été dernier, et tous les souvenirs les plus beaux qu'il me reste sont des instants très simples, des ballades-broutage, des pansages-massages, des trottings à pied, lectures à ses cotés dans le pré...
    Toutes les heures de travail monté, de frustration, et même la réussite de quelques exercices, ne sont rien à coté de ces moments. Je ne suis pas montée à cheval depuis sa mort, et ça ne me manque pas. Mais le contact, la présence, oui ça me manque. Un poulain viendra bientôt. Débourrage ? On verra...

  • #16

    Anaïs (jeudi, 26 avril 2018 11:59)

    L'écriture de cette article pe semble refleter dans son exactitude les sentilents et ressentis de cette personne.. C'est magnifique <3

  • #17

    Philippe (dimanche, 27 mai 2018 12:29)

    Bonjour,
    J'ai bien lu votre article, que je trouve tout à fait intéressant, et je partage votre opinion sur le fait qu'il est primordial de passer du temps à "ne rien faire", chaque jour, avec son ou ses cheval(aux).
    D'ailleurs, à l'âge de 55 ans, cela fait maintenant plus de 40 ans que je passe du temps à "ne rien faire".
    La relation avec l'équidé s'en trouve considération changée et renforcée.
    Un cheval qui vient spontanément vous dire bonjour sans a priori ni crainte, soit de devoir travailler, soit de se plier à un acte quelconque, est la plus belle récompense qui soit.
    Sur ce, étant donné que j'ai décidé de ne pas monter ce dimanche, je vais leur "dire bonjour" et papoter avec eux... pour la 4e fois depuis ce matin. (J'oublier toujours de leur dire un truc avant de partir. :-) )